Poursuivons la découverte des arbres les plus curieux de notre région Nord-Pas-de-Calais par ce tilleul centenaire, témoin d’un rite funéraire assez particulier.  L’arbre aux croix d’Aire-sur-la-Lys est en effet un des rares exemples de ce genre connus dans la région.

L’arbre aux croix d’Aire sur Lys, dans le sillage des arbres sacrés

Le rapport de la chrétienté aux arbres et aux cultes « païens » dont ils faisaient l’objet a toujours été compliqué. A partir du IVe siècle, conciles, théologiens et prédicateurs n’ont de cesse de les condamner et les abattre. Une attitude d’ailleurs identique pour le culte des pierres et des eaux, tout aussi ancrées dans les croyances et pratiques populaires. Faute de vaincre et de convaincre, l’Église a adopté une stratégie du « remplacement » : remplacer les anciennes divinités païennes par des reliques, des statues, des chapelles, des niches dédiées à la Vierge Marie ou aux saints. Le culte aux pierres aux fontaines et aux arbres a perduré mais sous une légitimité plus acceptable pour l’Église.

L’arbre aux croix, une survivance d’anciens cultes funéraires ?

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L’arbre aux croix est désormais indiqué

La tradition voulait en effet que les convois funéraires qui se rendaient à pied d’Isbergues à Aire s’arrêtent devant ce tilleul situé dans l’ancien hameau des NeufPré. On récitait une prière puis on accrochait à ses branches une petite croix en bois sur laquelle les initiales du défunt étaient inscrites.

On sait peu de choses sur cette tradition,  ni sur le tilleul d’Aire-sur-la-Lys en particulier. Certains historiens pensent, qu’à l’origine, il s’agit d’un arbre de la liberté républicain planté à la place d’une chapelle détruite par les révolutionnaires. Un juste retour des choses en somme.

De nos jours, les croix ont disparu et les convois funéraires ne s’arrêtent plus devant cet arbre vénérable. En 2012, il a même été question qu’il soit coupé pour faciliter le réaménagement de la zone commerciale du Val de Lys. Une mobilisation des habitants soutenue par la municipalité a finalement permis de l’épargner.

Localisation

  • Au Petit-Neufpré, au bord de la zone commerciale du Val-de-Lys, à Aire-sur-la-Lys.

L’arbre aux morts d’Œuf-en-Ternois

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L’arbre aux morts d’Oeuf-en-Ternois aux pieds duquel on déposait une croix lors des funérailles

Il existe un autre témoignage de culte funéraire lié à un arbre, un tilleul, également. Il s’agit de l’arbre aux Morts de d’Œuf-en-Ternois dans le Pas-de-Calais. Il est situé pile au beau milieu du carrefour de la D105 et D101, formant d’ailleurs une croix quasi parfaite. Lorsque qu’un habitant de Guinecourt, village situé à moins de 2 km, venait à décéder, le convoi funéraire qui le menait à Œuf s’arrêtait devant l’arbre. On enfonçait alors une petite croix en bois dans le sol.

Le tilleul d’œuf-en-Ternois fait partie des arbres à chapelle encore courants dans notre région. La Vierge à l’Enfant à l’intérieur de la niche est récente. La statue originale a disparu. La présence de chapelles accrochées aux arbres témoigne du lien étroit qui existe entre le culte de la Vierge, un des plus ancien, et le culte des arbres. Par sa double nature, terrestre et céleste, la Vierge Marie intercède et créé un lien entre Dieu et les Hommes… Comme l’arbre qui unit le Ciel et la Terre par ses branches et ses racines. L’arbre, symbole de vie, de renaissance perpétuelle connaît, comme nous,  un cycle de mort et de résurrection à travers les saisons. A sa façon, notre mort s’inscrit, elle aussi, dans le cycle de la vie. Cycle d’une vie à la fois terrestre et céleste pour les croyants. Cycles de génération et régénération : les branches de vie se multiplient, au sens propre comme au figuré.

Localisation 

  • Carrefour de la D105 et D101, prés du château d’eau, sur l’axe routier qui mène d’Oeuf-en-Ternois à Guinecourt, dans le Pas-de-Calais.