Ils les boulets de Lille font partie des détails insolites de l'architecture de la métropolepassent souvent inaperçus… Et pourtant, les boulets de Lille qui ornent quelques unes des plus belles façades du XVIIe siècle ne manquent pas de pittoresque. Levez les yeux sur le rang Beauregard,  place du Théâtre, sur les façades de la rue de la Bourse et même au tout début de la rue de la Monnaie : des boulets de canon sont fichés dans les murs … Certains même semblent avoir miraculeusement épargnés les fenêtres… Et pour cause.  En réalité, ils furent  placés là, à dessein, par leurs propriétaires. Leur présence commémore, en effet, la résistance de Lille lors du siège mené par les troupes autrichiennes  en 1792.

Les boulets de Lille, symbole de résistance

Un des plus pittoresque boulets de Lille est celui peint en rose au-dessus de Chez Morel
Le malicieux boulet au-dessus de chez Morel…

Le siège dura du 29 septembre au 6 octobre 1792. Les canons des assiégeants principalement installés dans les faubourgs Saint-Maurice et Fives déverseront plus de 35 000 projectiles. Le quartier le plus touché sera le quartier Saint-Sauveur, le plus proche. On parle de 185 heures de bombardement qui détruiront plusieurs centaines de maisons et édifices et feront plusieurs milliers de victimes. Les fameux boulets rouges, c’est à dire chauffés avant d’être projetés et « inventés » par les prussiens,  dévasteront autant la ville par leur impact que par les incendies qu’ils déclencheront. Leur efficacité est telle que l’expression tirer à boulet rouge sur quelqu’un est entrée dans notre vocabulaire depuis ce fameux et belliqueux XVIIIe siècle.

Victor Derode dans son histoire du siège de Lille rapporte, à ce sujet une anecdote. Un apothicaire de la rue des Chats-Bossus refusa une indemnité de 2000 livres en réparation des dégâts de son officine. Il demanda seulement en contrepartie « le don de deux boulets autrichiens qu’il fit enchâsser dans la façade de sa maison « …

Les Lillois garderont un souvenir fort de cet épisode marquant de leur histoire. En effet, quelques années après le siège de Lille, ils élèveront la colonne de la Déesse, sur la Grand’Place.

Enfin, pour l’anecdote, regardez au-dessus de l’ancienne bonneterie MOREL, place du Théâtre,  devenue un des cafés mythiques de Lille… Vous y verrez un boulet qui, non sans humour, est repeint tout de rose dévêtu …