La place Louise de Bettignies est une des places du Vieux-Lille qui mérite de s’y attarder.  Juste  avant d’arriver dans l’incontournable rue de la Monnaie, faites-le tour de la place et regardez l’étonnante diversité de façades du XVIIe qui l’entourent. L’une d’elles, la  maison de Gilles de la Boe est un exemple typique de l’architecture foisonnante lilloise de cette époque. L’autre singularité du lieu est d’avoir été jusqu’aux années 1930,  le seuil du Grand-Rivage… L’ancien port de Lille aujourd’hui disparu.

L’ancienne place Saint-Martin

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cadastre de 1881. Archives Départementales du Nord

On comprend la configuration de la place Louise de Bettignies actuelle en ayant en mémoire les profonds changements qui ont lieu au début du XXe siècle.  Il faut s’imaginer une petite place encombrée de charrettes et de chariots en tout genre. Ici transitent les marchandises embarquées ou déchargées des bateaux pour palier au dénivelé entre la « Haute » et « Basse » Deûle qui rend impossible la liaison entre  les deux. Une grande halle, assez proche dans son architecture de celle de Wazemmes, ou celle de la rue Solférino,  occupe sa  partie nord et le terre plein où se trouve aujourd’hui le parking souterrain de l’avenue du Peuple-Belge. A quelques mètres se situent le port du Grand-Rivage, dont l’extrémité arrivait à peu près au niveau du café le Queens Head.

C’est donc un quartier vivant, où se croisent les négociants,  les bateliers et les boutiquiers de toutes sortes.  Gilles de la Boe « marchand chirier et espicier » sera l’un d’eux.

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On reconnaît la maison Gilles de la Boe sur la gauche, à l’angle. Au fond, la rue de Gand. Cliquez pour agrandir la carte.

La maison Gilles de la Boe dit du Bon Bouillon

20 place Louise de Bettignies, à l’angle de l’avenue du Peuple-Belge

Elle occupe l’angle de la place avec l’avenue du Peuple-Belge. On ne voit qu’elle avec son extraordinaire foisonnement de guirlandes de fruits, de cartouches, de niches, de cornes d’abondance. Datée de 1636, elle témoigne d’une époque où les bâtisseurs trouvent dans la pierre une nouvelle source d’expression. Un art largement inspiré par l’esthétique des graveurs flamands et italiens. L’heure est à la prospérité. Une prospérité qui s’affiche désormais « aux yeux de tous » à commencer, pour les plus riches, sur les façades des maisons. On doit y lire le rang, la richesse, l’influence de son propriétaire.

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Le décor novateur de la façade est largement inspiré par l’esthétique des graveurs flamands et italiens du XVIIe siècle.

La disposition architecturale de l’ensemble reste, quant à lui, dans la distribution habituelle des constructions : le rez-de-chaussée marqué d’arcatures en grès, est destiné à accueillir les échoppes; le 1er, l’étage noble, est réservé à l’habitat et aux pièces de réception. L’ensemble est desservi par de grandes baies vitrées. Le dernier étage est occupé par les combles avec les chambres de service. En regardant la façade, on devine que l’architecture hésite entre un ordonnancement rectiligne (renforcé par l’ajout de niches en relief et des consoles) et une décoration plus ronde, plus libérée telle qu’elle va apparaître 16 ans plus tard sur les façades de la Vieille-Bourse, place du Général de Gaulle. Elle sera occupée de nombreuses années par l’estaminet du Bon Bouillon à l’origine de l’ autre nom qui la désigne parfois.

Une petite place pleine de caractère

De l’autre côté, à l’angle de la place et de la rue des Bonnes Rappes (du nom des raves ou navets en patois local qu’on cultivait dans les terrains alentours). On peut encore voir l’enseigne d’une boulangerie ouverte en 1793 et qui était encore en activité, il y a peu. Enfin parmi les petits détails insolites, vous pouvez voir au n° 4, une maison à arcature qui a conservé son burget en saillie, sur la rue et quelques mètres plus loin, au n°10, une boule de pierre, fichée dans le sol. Il s’agit d’un ancien boute-roue destiné à protéger la devanture du magasin, qui épouse la courbe de la rue.

Mettre un visage sur un nom …

louise-de-bettignies-nord-decouverteOn essaie quelquefois  de mettre un nom sur un visage… Mais c’est à l’exercice inverse que je me suis amusée en mettant un visage sur quelques-uns des noms de nos rues de Lille. Et derrière ces noms, j’ai trouvé des histoires quelquefois étonnantes, quelquefois émouvantes… notamment celle de Louise de Bettignies qui donna son nom à l’ancienne place Saint-Martin, le 4 août 1934.
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