Bouvines est entré dans l’Histoire comme tous les grands théâtres de batailles : par le bruit et la fureur des armes. Ce village si tranquille, à quelques kilomètres de Lille, restera à jamais lié à un moment clé de l’Histoire de France : La victoire de Philippe II, dit Philippe Auguste, roi de France, sur une coalition emmenée par l’empereur allemand Otton IV. Au final, entre  30 000 et 90 000 hommes, s’élanceront dans la plaine. La victoire française scelle le pouvoir des Capétiens. Philippe Auguste, le « petit roi de Paris » devient, aux yeux de tous, le roi de France.

L’enjeu de la bataille de Bouvines

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Couronnement de Philippe Auguste, Grandes Chroniques de France, enluminure de Jean Fouquet, Tours, vers 1455-1460, BNF.

Ils sont nombreux à vouloir éliminer Philippe Auguste de l’échiquier du pouvoir. Chacun a un motif personnel mais suffisant pour s’unir. Il y a Jean Sans Terre, roi d’Angleterre, qui entend prendre sa revanche sur la perte de ses territoires normands et bretons. Il y a les grands princes et souverains européens qui voient d’un mauvais œil l’appétit grandissant du « roi de Paris » d’étendre son autorité en France mais aussi au-delà des frontières. Au premier rang le nouvel empereur germanique, Otton IV, le propre neveu de Jean sans Terre. Il y a ces grands seigneurs Ferrand de Portugal, comte de Flandre, Renaud de Dammartin, comte de Boulogne-sur-Mer, longtemps ami du roi de France, qui n’entendent pas céder un pouce de leur puissance et vont faire front contre le souverain. Ils forment une coalition et décident d’une stratégie. Jean doit débarquer à La Rochelle et remonter sur Paris. Les troupes venant des Flandres doivent descendre par l’Artois et prendre les armées royales en tenaille. Mais tout ne se passe pas comme prévu.

Où se trouve le champ de bataille de Bouvines ?


carte-planLe champ de bataille est immense et couvre en réalité une grande partie de la plaine qui se trouve entre Bouvines, Cysoing, Bourghelles, Gruson, Baisieux, Camphin-en-Pévèle… Pour ne citer que les principales localités. Rappelons que plusieurs dizaines de milliers d’hommes se déploient en ligne. On a pour habitude de situer le cœur de la bataille autour de la chapelle de l’Arbre. De Bouvines, vous pouvez la rejoindre à pied en suivant l’ancien chemin de Tournai, ou en voiture en longeant la D955 puis la D 90. 2 800 hectares ont été classés site historique en 2014.

Un jeu de stratèges

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Disposition des troupes le dimanche 27 juillet 1214

Jean sans Peur débarque donc à la Rochelle, le 16 février 1214. Informé, Philippe Auguste se rend  jusqu’à Chinon. Mais à descendre si loin au sud, il pressent le piège. Le Nord est fragilisé. Il comprend la manœuvre et charge son fils Louis de garder sa position sur la Loire. Lui, remonte jusqu’à Péronne en Picardie. Il réussit à lever une armée composée de milices, de chevaliers et d’hommes en armes. Son premier tour de force est de réunir autour de lui plusieurs milliers d’ hommes. Il reprend la route vers Douai, campe une première fois à Bouvines le 25 juillet et arrive à Tournai le lendemain. Craignant une attaque sur son revers, Otton IV déplace ses troupes à Mortagne-du-Nord, entre Saint-Amand-les Eaux et Tournai. Les deux armées ne sont qu’à quelques kilomètres l’une de l’autre et s’observent. Philippe Auguste tient conseil sur la stratégie à adopter. Le surnombre des troupes ennemies est colossal. On parle d’un contre trois. C’est l’un de ses chevaliers,  Girard la Truie, qui aurait suggéré  de feindre le repli et d’attirer les coalisés sur la plaine de Cysoing. Nous sommes le dimanche 27 juillet 1214. Philippe Auguste fait mine de se replier en catastrophe sur Lille. Otton, décide de lancer ses troupes à la poursuite des Français.

Le Pont de Bouvines, un piège mais pour qui ?

pont-de-la-Marque-bouvines-nord-decouvertePour atteindre Lille, Philippe Auguste doit franchir la Marque au Pont de Bouvines. Un passage qui ressemble à une nasse entre d’un côté des marais, de l’autre la forêt et la rivière de la Marque qui fait office de barrière naturelle. Les historiens se sont battus eux aussi, les uns pour la théorie du combat forcé des troupes françaises rejointes plus tôt que prévu par celles des coalisés. Les autres arguant que Philippe Auguste n’avait pas fait preuve de beaucoup de rapidité pour couvrir, dans un même laps de temps, moitié moins de distance que ses ennemis… Surtout, le roi, lui-même, prend le temps de s’arrêter à quelques mètres seulement du fameux pont … Était-il est à ce point si fatigué, si harassé, par la chaleur de ce joli dimanche de juillet, qu’il décide de mettre pieds à terre, d’ enlever son armure, boire tranquillement à la fameuse fontaine Saint-Pierre et se reposer tranquillement à l’ombre d’un frêne ? Curieux quand on a plusieurs milliers d’hommes en arme à ses trousses et un refuge à quelques lieues de là. Curieux qu’on ne mette pas au moins un pont, facile à détruire, entre soi et ses ennemis…

Qu’importe finalement … Les troupes coalisées croient dur comme fer à la débâcle du roi et foncent en direction de Bouvines. Et là, alors qu’ils pensent rattraper l’arrière-garde, ils font face au roi qui loin de fuir, leur fait face. L’effet de surprise joue à plein. Otton donnent l’ordre de se replier sur le plateau de Cysoing. Les troupes royales vient de l’obliger à se déployer en ligne. Astucieux : L’ alignement en plaine réduit l’impact du surnombre. C’est aussi le meilleur moyen de tirer avantage du savoir-faire de la chevalerie française, une des plus aguerries de son temps. Il est midi,  Philippe Auguste a disposé adroitement ses hommes pour que ces derniers combattent dos au soleil… Les troupes adverses, eux, l’ont dans les yeux. Enfin, nous sommes un dimanche, le jour de Dieu … En « obligeant » les troupes françaises à se battre, Otton IV fait peser sur ses hommes un poids psychologique important pour l’époque. Il défie l’interdit… La bataille sonne déjà comme une punition divine.

Que la bataille commence …

Il était midi lorsque les troupes coalisées ont rejoint les troupes françaises. Mais la bataille tarde à s’engager.  Ce sont les Français qui vont déclencher les hostilités. Un peloton de Soissonnais, à pieds, se lancent sur les chevaliers adverses. Ces derniers refusent de croiser les armes avec des roturiers. Ils les attendront, sans bouger, mais lances baissées. Un sacrifice du côté des troupes de Philippe Auguste qui a atteint son objectif:  La bataille commence.  L’empereur Otton IV n’a qu’une seule stratégie,  tuer le roi de France au plus vite. Cette tactique va s’avérer fatale pour les coalisés mais elle a bien failli réussir.

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Un des 21 vitraux de l’église Saint-Pierre à Bouvines

Au milieu du champ de bataille, les mercenaires flamands réussissent à enfoncer les lignes des fantassins français. L’un d’eux se glisse derrière le roi et arrive à le désarçonner. Philippe Auguste tombe à terre. Il est immédiatement encerclé. Il sera sauvé in extremis par deux de ses chevaliers qui s’interposent et le protègent. L’oriflamme et les cris de « Secorance au roi! » alerte les troupes françaises qui se portent au secours du souverain. Il est sain et sauf, remonte en selle et n’a plus qu’un objectif : capturer Otton IV. Ce dernier assaillit de toute part échappe de peu, à son tour, à la mort. Il réussit à s’enfuir et bat en retraite. Les troupes coalisées sont en pleine débâcle elles aussi. Le dernier à faire face est Renaud de Dammartin, le Comte de Boulogne, qui s’élance dans une tentative désespérée pour atteindre le roi. Il est à son tour désarçonné et livré, vivant, au souverain. La prise du dernier seigneur des coalisés met un terme à la bataille. Il est cinq du soir. Et les morts, de part et d’autre, se comptent par milliers.

La bataille a commencé en début d’après-midi, vers 13h30, pour finir vers 17 h. On n’a jamais su vraiment combien d’hommes ont péri ce jour là. On parle de 30 000 hommes tués et 50 000  prisonniers du côté des coalisés. Aucun chiffre du côté français. On ne compte pas une victoire en morts. Quant aux corps, certains hauts dignitaires furent enterrés dans les abbayes environnantes comme celle de Cysoing. Les simples soldats ont été ensevelis dans d’immenses fosses communes, sur place. Contrairement à une croyance tenace, le lieu de sépulture n’est pas au Mont des Tombes, le tumulus proche de Sainghin-en-Mélantois.

Bouvines, entre histoire et légende

La victoire de Philippe Auguste scelle sa légende. Une légende relayée et nourrie par le récit « merveilleux » qu’en fait Guillaume le Breton dans sa Philippide. Ce fait d’arme se transforme en fait de Dieu. La bataille de Bouvines devient le symbole d’un royaume de France fort et unit. En fédérant autour de lui des vassaux prêts à combattre sous une même autorité, celle de leur souverain, il aurait fait naître la notion de patrie. L’Histoire est toujours un récit. Le récit, une vision de l’Histoire appuyée par des chroniques, des poèmes, des peintures qui racontent leur part de vérité ou leur part d’idéal… On lit souvent que Philippe Auguste est « le dernier roi des Francs et le premier roi de France ». On lui doit sa clairvoyance d’avoir compris tout l’enjeu de l’écrit, qui devient un fondement dans le nouveau réseau administratif d’état qu’il met en place. Il a énormément contribué à faire naître cette notion d’ autorité publique, de souveraineté, cette pyramide du pouvoir où un seul règne en haut… Le roi. Philippe Auguste meurt le 14 juillet 1223.

Le mardi 18 août 1304, une autre bataille va faire rage à une quinzaine de kilomètres de là … Celle de Mons-en-Pévèle menée par l’arrière arrière petit fils de Philippe Auguste, Philippe Le Bel.