On pourrait penser que la rue Lepelletier, une des jolies rues de Lille, doit son nom à l’ancienne enseigne de fourreur qui fait l’angle avec la rue de la Bourse. En effet, c’est là qu’en 1677, Jean-Baptiste Cardon, pelletier de son état, tenait boutique. Comme beaucoup de marchands lillois, afficher son opulence n’est plus un tabou… Au contraire.  Il choisit de faire enlacer par les traditionnels chérubins, un agneau et un cerf, deux animaux emblématiques du travail des peaux. Eh bien non… C’est en l’honneur d’un autre « le pelletier » que l’ancienne rue des Prêtres fut débaptisée : un certain Louis-Michel Lepeletier, marquis de Saint-Fargeau. Un de ses descendants nous est plus familier puisqu’il s’agit de l’écrivain académicien Jean d’Ormesson.

Quand un pelletier en cache un autre

portrait de LepelletierLouis-Michel Lepeletier est un aristocrate parisien, juriste et homme politique, né le 29 mai 1760 à Paris. Son élection au sein de l’Assemblée nationale constituante en mai 1789, puis la présidence en juin et juillet 1790, lui vaudra d’assumer quelques paradoxes. Pourtant lui-même issu de la noblesse, il fait notamment adopter une loi selon laquelle : « tout citoyen devra porter le nom de sa famille réduit à sa plus simple portion » entraînant avec elle la disparition de bon nombre de particules, même, et surtout, au sein des révolutionnaires… Il devient Lepeletier, tout comme D’anton devient Danton ou de Robespierre, Robespierre tout court. Des années de terreur qui ne raccourcirent pas que les noms…

Sur le tranchant de l’ Histoire

enseigne de pierre rue Lepelletier représentant le sacrifice d'AbrahamLe 20 janvier 1793, ce farouche opposant à la peine capitale est pourtant de ceux qui votent la peine de mort de Louis XVI. Le même soir, il se rend dîner chez Février, au Palais-Royal. Un partisan royaliste, Philippe Nicolas Maris de Pâris, le reconnaît. Par vengeance pour la condamnation du roi, il le transperce d’un coup de sabre. « J’ai froid » furent, parait-il, ses derniers mots … Il meurt, le fameux 21 janvier 1793… Quelques heures seulement avant que Louis XVI ne soit décapité. Louis-Michel Lepeletier fut ainsi le premier martyr officiel côté révolutionnaire. Ses funérailles en grandes pompes, sous l’égide du peintre David, l’amenèrent jusqu’au panthéon… D’où on le délogea plus tard pour le caveau familial des Saint-Fargeau. Il entra alors dans l’oubli. Clin d’œil de l’histoire, lorsqu’en on rebaptisa la rue des Prêtres, rue Lepelletier (avec 2 l), on accola à jamais son nom à une vieille enseigne de pierre qui met en scène Abraham levant son sabre prêt à tuer son propre fils…

La rue Lepelletier , boutiques chics et vieux pavés

Cette très jolie rue pavée, à deux pas de la Grand’Place, commence de la place du Théâtre pour vous mener tout droit vers le parvis de Notre Dame de la Treille. Un des endroits les plus attachants du Vieux-Lille .

panneau vitrine boutique ouverteCôté shopping, la rue Lepelletier est au cœur du quartier d’or du vieux-Lille. Avec la rue Grande Chaussée et la rue de la Bourse, c’est là que vous trouverez la plupart des enseignes haut de gamme de Lille. Côté bonnes adresses, glissez-vous dans le passage, qui mène dans une arrière cour occupée aujourd’hui par des restaurants. Aux beaux jours on fait la queue pour profiter des terrasses cachées au creux d’un îlot de verdure. A noter que le passage relie la rue Lepelletier à la rue Basse. N’hésitez pas à pousser la porte des magasins de la rue, vous y découvrirez surpris, des caves profondes et des véritables façades intérieures, témoignages vivants de l’architecture lilloise .