Quelle ville et village en France n’a pas eu son kiosque philharmonique ? Entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe, la musique devient un loisir populaire à part entière. Fanfares, concerts, flonflons des ducasses et bals musettes vont ainsi envahir les places et les jardins publics.

Mais dans l’Avesnois, on prise un kiosque en particulier… Le kiosque à danser. Une curiosité et une spécificité qu’on voit encore sur quelques places de villages. Non seulement il n’y en a nulle part ailleurs mais en partant à leur découverte, vous traversez les magnifiques paysages de Sambre-Avesnois… autant d’endroits tout en charme, bocages et vallons. Certains kiosques à danser sont presque oubliés, d’autres remis à neuf… En attendant qu’un jour, qui sait, un musicien plus hardi ne fasse revivre cette étonnante tradition.

Le rôle social des kiosques

kiosque-a-musique-nord-decouverteL’histoire de l’architecture et du mobilier urbain en dit long sur les politiques sociales d’une époque. Sur les courants de pensées, et de pouvoirs, qui traversent l’organisation de l’espace public et privé. La musique philharmonique est un enjeu républicain. Elle devient un des symboles forts du progrès dit social où l’éducation et la culture doivent être accessibles au plus grand nombre.  1848, désormais tous les musiciens pourront  se produire en plein air et dans les lieux publics … Chose qui n’était jusqu’alors autorisée qu’aux formations militaires !  La construction des kiosques devient alors un signe extérieur de richesse pour une localité, un signe de réussite pour les généreux donateurs. Pour les classes les plus modestes, les kiosques à musique offrent un divertissement gratuit – un des rares à l’époque – qui leur donne accès à une culture réservée jusque-là aux plus favorisés. Quant à l’autre musique, moins académique mais plus festive… Quoi de mieux que de jucher en hauteur ceux qui vous font si bien tourner en rond …

Ces drôles de kiosques… à danser

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Le kiosque à danser de Dourlers

Il n’y a qu’un endroit où vous aurez la chance de les voir… C’est ici en Sambre Avesnois.  L’occasion rêvée d’aller découvrir les villages et les paysages du magnifique Parc Naturel de l’Avesnois. Construits majoritairement entre 1873 et 1930, ils se caractérisent par une ossature métallique qui supporte une plate-forme ronde, octogonale ou rectangulaire. Certains reposent sur un pied central, d’autres forment une sorte d’estrade sur 4 ou 6 pieds.  Ils se distinguent de leurs grands frères par leur construction en hauteur et surtout leur taille plus réduite. En effet, les orchestres populaires de l’époque n’étaient composés que de 3 à 4 musiciens maximum.  La plupart du temps, il y avait un violoniste, un accordéoniste, un clarinettiste ou une trompette…La grande majorité des kiosques à danser n’ont pas d’accès direct … Une échelle était nécessaire pour faire grimper les musiciens. D’où l’idée pittoresque – réelle ou non – qu’une fois qu’ils étaient installés, on retirait l’échelle, les obligeant ainsi à jouer jusqu’aux derniers danseurs !

Près d’une trentaine de kiosques à danser ont survécu

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Le kiosque à danser de Beugnies

Il en reste moins d’une trentaine. C’est peu mais les municipalités ont désormais à cœur de sauvegarder et restaurer ce petit patrimoine. Certaines ont même décidé d’en construire à nouveau comme à Assevent en 2007 et tout récemment à Bas-Lieu. Reste à savoir pourquoi l’Avesnois semble le seul territoire à avoir accueilli ces kiosques si insolites… L’énigme reste entière…

Voici l’essentiel des kiosques à danser encore visibles :

  • Assevent (2007). Place François Mitterrand
  • Avesne-sur-helpe (1890). Parc de la Rotonde. Ne manquez pas aussi la promenade de la citadelle.
  • Baives (Début XXe). Petite place devant l’église. Très joli village avec une autre curiosité, un ancien four à chaux du XIIIe. Sans oublier la réserve naturelle régionale des Monts de Baives à proximité.
  • Bas-lieu (Début XXe)- L’ancien kiosque à danser vient d’être remplacé par un modèle presque similaire. Il se situe en bordure d’une aire de jeu, à l’ angle de rue de la Brasserie et la route de Maubeuge.
  • Beaufort (Début XXe). Place de la Mairie
  • Beugnies (Début XXe). Rue de l’église
  • Bousies (Début XXe)
  • Cartignies (1920). Place Fernand Wargnie, la place principale,
  • Dimechaux (1882). Rue de la Place (angle ruelle Blairon). A voir également, la fontaine St Maurice (XVIe) en contre-bas de l’église.
  • Dourlers. Place de l’église. Voir également l’ancien lavoir, rue La Haut et le château (extérieurs seulement).
  • Le Favril. D964 (Peu après l’église). Voir également la jolie petite chapelle Le Bon Dieu de Gibelot et le sympathique Parc de Loisirs du Waterlin avec son étang de pêche, ses animaux, son arboretum et la collection de machines agricoles.
  • Flaumont-Waudrechies (Début XXe). Petite place, rue de la Place
  • Floursies (vers 1900). Place de l’église. A voir également la fontaine romaine, juste à côté de l’église.
  • Floyon (2 kiosques à musique) (1933), l’un sur la place de la Mairie, l’autre qui tombe dans l’oubli au lieu-dit Les Réteaux… Il est oublié de tous, abandonné sur le bord de la route !
  • Grand-Fayt ( 1881). Sur la place, prés de l’église. Découvrez également La Fontaine de la Demoiselle et visitez le magnifique moulin à eau du Grand Fayt
  • Lez-Fontaine. Ancien kiosque de jardin transformé en kiosque à danser dans les années 50. Ne manquez surtout pas les magnifiques fresques du XVIe de l’église Saint-Martin. Le théâtre de verdure est une jolie halte à deux pas de la voie Verte.
  • Maubeuge. Il est situé au zoo
  • Marbaix (Début XXe). Place de l’église
  • Monceau-saint-waast (1882). Sur la place principale, au niveau de la passerelle. Jetez également un coup d’œil sur la cense fortifiée Del Tour (XVe ).
  • Neuf-Mesnil (Début XXe). Place de l’église
  • Petit Fayt (Début XXe). Sur la place
  • Sains-du-Nord (Début XXe). Dans le jardin de la Médiathèque, Rue Edmond Wyart. A voir également l’écomusée la Maison du Bocage
  • Saint-Aubin (Début XXe). Place de l’église. Joli village au cœur d’un bocage traversé par la Tarsy.
  • détail de l'armature de fonte du kiosque à danser de Saint-Hilaire-sur-Helpe Saint-Hilaire-sur-Helpe. Place André Coupillaud, prés de l’église. Il a la particularité d’être construit autour d’un arbre. La ramure était à l’origine taillée de façon spécifique en deux parties, de dimensions décroissantes. Les branches de la couronne basse sont soutenues, ici, par des piliers de fonte. Un plancher pour les musiciens ou les danseurs était fixé au-dessus du sol. Il s’inscrit sans aucun doute possible dans la tradition des tilleuls et arbres à danser, eux-mêmes en lien avec les anciens arbres de mai et les arbres de justice. On peut en voir de magnifiques exemples dans les pays germaniques, notamment en Allemagne mais aussi en Belgique, à moins d’une trentaine de kilomètres de Saint-Hilaire-sur-Helpe.  Il s’agit du tilleul centenaire de Macon et sa taille circulaire à trois étages.
  • Solre-le-Château(Début XXe). Hameau de l’Épine, au grand rond Point (D963). A voir également la légendaire Pierre de Saint Martin ou Pierres Martine.
  • Trélon (Début XXe). Place de l’église. Visitez également l’Atelier-Musée du Verre.
  • Wattignie la Victoire (1873). Rue de Planty, à côté du monument aux morts. Arrêtez vous un instant aux pieds de la fontaine lavoir, Chemin de l’Orson ou celle de la rue de la Fontaine.

Enfin, dans la région voisine, à Rocquigny dans l’Aisne (1896), vous verrez sur la place de l’église, rue de la Mairie. C’est le seul kiosque à danser hors de l’Avesnois toute proche.