Demandez la Treille … Et venez plonger dans l’enchevêtrement des rues, des passages, des ponts de ce coin pittoresque du Vieux-Lille … Attardez-vous à la terrasse d’un café ou pique-niquer sur l’herbe, à l’ombre de cette cathédrale aussi surprenante que son histoire et ce n’est pas peu dire…


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La cathédrale Notre Dame de la Treille

Place Gilleson

parvis-cathedrale-notre-dame-de-la-Treille-norde-decouverteSur une place qui semble trop petite pour elle, la cathédrale de la Treille, surprend. Elle surprend par sa composition hétéroclite, entre une façade, puissante, d’un modernisme épuré et un chevet néo-gothique où les gargouilles règnent en maître. Toute son histoire est résumée là. Dans ce long tunnel du temps où les modes passent, les moyens s’amenuisent, les enjeux se perdent… Mais où s’écrit une histoire particulière, rocambolesque… Celle d’un édifice qui a eu tant de mal à voir le jour. Et c’est peut-être ce passé tumultueux qui rend la dernière cathédrale construite en France au XXe siècle aussi attachante. Attachante et remarquable … Car l’immense partie centrale, en marbre blanc translucide et le portail sculpté, si monumental et si discret à la fois, sont deux merveilles d’art et de technicité.

Une basilique – cathédrale tant attendue

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Voilà comment aurait dû être Notre Dame de la Treille

Aussi curieux que cela puisse paraître, Lille n’avait pas de basilique avant le XIXe, Et ce siècle de toute puissance industrielle en veut une. Elle doit être majestueuse à la mesure du nouvel âge d’or. Les projets architecturaux sont ambitieux : l’heure n’est pas à la modestie. Le néo gothique va chercher dans un Moyen Age réinventé des modèles assumés : les usines, les réservoirs d’eau ressemblent à des châteaux forts, les édifices publiques à des palais, les églises se parent de flèches et de gargouilles grimaçantes. Les plans de la basilique sont donc dans l’air du temps : grandioses, démesurés, débordants.

Et c’est sur une place, trop étroite pour elle, que le chantier commence. L’endroit choisi est à la fois symbolique, au cœur historique de Lille, proche de l’ancien emplacement de la collégiale Saint-Pierre (actuellement Place du Concert) qui conserva jusqu’à sa destruction la statue miraculeuse de Notre Dame de la Treille. Là aussi, les oppositions furent nombreuses et le terrain acheté avec beaucoup de difficultés. Ce sera donc ici, sur l’ancienne motte féodale qu’on arase, que le chantier commence. La première pierre fut posée le 1er juillet 1854 … Elle fut inaugurée le 19 décembre 1999… soit 145 ans plus tard !

A travers les péripéties du temps

Un siècle et demi a été nécessaire pour qu’on ose dire : voilà, elle est achevée. Entre les guerres, les pénuries d’argent, de matériaux, les générations et les goûts qui changent… Il aura donc fallu tout ce temps et quand même une sacrée obstination tout compte fait pour que Notre Dame de la Treille prenne sa place parmi les grands monuments de Lille. C’est un petit miracle en soi… Comme sa sainte patronne savait, dit-on, en faire, aussi …

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Parmi les grandes étapes de sa construction notons quelques dates en point de repère. Le chœur, en premier,  est achevé en 1869. Commencent alors les premières difficultés. Essentiellement d’ordre financier : le chantier est un gouffre et les ressources moins abondantes qu’avant. Les travaux du déambulatoire et des chapelles rayonnantes ne reprennent qu’en 1893 pour s’achever en 1908. En 1914, le pape Pie X accorde à la basilique le titre de cathédrale. D’où les deux titres « basilique-cathédrale » qui la désignent encore aujourd’hui.

Il faut attendre l’après-guerre, 1922, pour que les travaux reprennent. Les deux transepts sont finis en 1938, la nef en 1947. On renonce aux flèches qui devaient culminer à plus de 115 m de hauteur. Conséquence,  le très provisoire campanile Saint Nicolas qu’on voit juste à côté va rester là, tout seul, sans lien physique et même architectural avec la cathédrale. Construit à la hâte en 1874 pour faire office de clocher,   il accueille toujours les 41 cloches du carillon de la cathédrale . Pour l’anecdote,  comme il n’était pas prévu de le conserver,  ses 35 m de hauteurs ne reposeraient que sur des fondations d’à peine 1 m de profondeur !

Une façade hors norme

En 1947, une façade provisoire est posée. En 1991, les travaux reprennent pour doter Notre-Dame de la Treille d’une façade définitive. La dernière grande métamorphose commence. L’architecture est confiée à Pierre-Louis Carlier et Peter Rice, pour l’architecture métallique. Pour la petite histoire,  l’armature en acier a été réalisée par Eiffage Métal (le viaduc de Millau, le stade Pierre Mauroy) … Une entreprise issue notamment des ateliers fondés par Gustave Eiffel lui-même.

detail-vitrail-notre-dame-de-la-treilleLe résultat est une véritable prouesse technique et artistique : la partie centrale, haute de 30 m, est composée de 110 plaques de marbre blanc translucides. Elle est coiffée d’une rosace circulaire de 6,5 mètres de diamètre, représentant la Résurrection et dessinée par Ladislas Kijno. Il faut s’arrêter quelques instants sur cet artiste méconnu qui a longtemps vécu à Nœux-les-Mines, dans le Pas-de-Calais. Dans un article récent qui lui était consacré,  Chrystel Chaber rapporte les propos de Picasso sur Kijno, un «artiste puissant, un peu fou peut-être et trop enclin à philosopher».  Le mélange si particulier des couleurs, notamment par la technique de l’aérosol qu’il affectionnait, en fait, pour certains,  un des « pères spirituels  » du street art français… Étonnant et passionnant parcours pour celui qui travailla aux côtés de Matisse, Léger, Rouault.

Je vous invite à entrer dans la cathédrale pour voir cette lumière si particulière qui filtre des panneaux de marbre. À l’intérieur, l’œuvre est encore plus époustouflante. Autre moment magnifique, à la tombée du jour quand l’intérieur est allumé. De l’extérieur, le spectacle de cette rosace dont les couleurs prennent alors toutes leurs forces et leur puissance est absolument magnifique.

Approchez-vous du portail …

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Les dormeurs de Georges Jeanclos – Photo Geneviève Romier

Une des surprise que vous réserve cette étonnante cathédrale, c’est le gigantesque portail central, 5 mètres de haut, si imposant qu’on ne prend pas toujours le temps d’aller le voir de plus près et pourtant … Vous découvrez alors un décor extraordinaire de personnages endormis accrochés aux entrelacs d’une immense treille de vigne. L’œuvre est signée du sculpteur Georges Jeanclos On retrouve ici la prédominance d’un style fortement influencé par l’horreur des camps nazis. Ces personnages, tête rasée, sont enveloppés dans des haillons, des superpositions de linge, de tissus comme un nouveau cocon protecteur au point de se confondre, de disparaître, de ne faire plus qu’un.

Décédé en 1997, Georges Jeanclos ne pourra mener à bien les deux portails latéraux. C’est la sculptrice Maya Salvado Ferrer qui les terminera.

La statue miraculeuse de Notre Dame de la Treille

L’intérieur de la cathédrale est encore plus marqué par le contraste de deux univers si diamétralement opposés. Passé le porche, on entre à nouveau dans une envolée d’arches, de vitraux, de mosaïques, de dorures qui nous ramènent au XIXe siècle. Huit chapelles entourent la nef. L’une d’elles a fait l’histoire de l’édifice. Derrière l’autel, se dresse en effet la sainte chapelle qui accueille la statue de Notre Dame de la Treille. Une copie, malheureusement,  qui remplace l’originale volée en 1959.

Car l’histoire de la cathédrale est intimement liée au culte de cette statue. Les premiers miracles remontent au 2 juin 1254 en plein apogée du culte marial. Des aveugles, des paralytiques, des sourds recouvrent la santé, des défunts reviennent à la vie. A partir de 1270, une grande procession annuelle met à l’honneur Notre Dame de la Treille. L’Eglise, au XVIIe siècle, reconnaîtra officiellement 54 miracles. C’est devant cette statue que Louis XIV victorieux, s’engage en 1667, à respecter les libertés des lillois.

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Les premiers miracles remontent à 1254

Les descriptions faites au XIXe siècle parlent d’une « statue en pierre, peinte au naturel, d’un peu plus de deux pieds et demi de hauteur (80 cm env.); sa pose est celle d’une reine séant en son trône; elle a un sceptre dans la main droite, et de sa gauche, elle soutient l’enfant Jésus sur ces genoux. La statue avec son piédestal est environnée d’un treillis en bois doré,  à l’origine peut être en fer. ». Au fil des siècles et des restaurations, la statue va être modifiée. Après son vol en juillet 1959, c’est Marie Madeleine Weerts, sculptrice monsoise, qui lui donnera les traits que nous lui connaissons aujourd’hui.

La statue était vénérée dans la collégiale Saint-Pierre depuis le milieu du XIIIe siècle. La légende raconte qu’après la mise à sac de la collégiale, lors de la révolution, la statue est sauvée des décombres par un sacristain qui la ramène chez lui. En 1801, la statue est déposée dans l’église Sainte Catherine, dans le Vieux Lille. Elle tombe dans l’oubli jusqu’en 1846 où le père Charles Bernard restaure le culte. Nous sommes en plein renouveau du culte marial. Rappelons que les apparitions de Bernadette Soubirou vont avoir lieu en février et juillet 1858. En 1872, la statue est transférée dans la basilique en construction. Elle sera bénie deux ans plus tard par le Pape Pie IX. En parcourant les rues de Lille, vous trouverez de nombreuses niches abritant une représentation de la statue.

Pourquoi le vocable de Notre Dame de la Treille ?

Deux origines sont avancées. Soit il s’agit du nom d’un ancien domaine viticole, Treola, qui se trouvait à proximité du lieu où elle était vénérée; soit son nom est en lien avec le petit grillage, le treillage, qui entourait la statue. Il servait de protection mais aussi à accrocher linges, offrandes ou objets votifs.

L’ orgue de la Maison de la Radio

Il fait partie des grands orgues de France avec une console de 102 jeux. À titre de comparaison, celui de Notre Dame de Paris, le plus grand en France, est composé de 113 jeux. Le plus grand au monde est aux Etats-Unis et en possède 408. Auparavant installé dans un des studios de la Maison de la radio, il sera cédé en 2007 à la Notre-Dame de la Treille et bénit en 2008.

Sous la basilique, une crypte immense et un centre d’art

Ne cherchez pas, avec ses 2500 m2 de superficie, c’est la plus vaste d’Europe … Elle accueille aujourd’hui le Centre d’art sacré de Lille . Il abrite notamment la collection de Gilbert Delaine, grand amateur d’art qui compte parmi ses œuvres des noms comme Warhol, Baselitz, Fontana, Combas, et Kijno, le créateur de la rosace qui fut un des premier à avoir l’idée d’ouvrir cet espace à l’art contemporain. Un lieu qui a rouvert  il y a peu et qui propose, en complément des collections permanentes, des expositions temporaires de grande qualité.

L’accès au Centre d’Art se fait, en bas des marches du Parvis, sur la gauche


MÉMO NORD DÉCOUVERTE  | INFOS PRATIQUES

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Pour accéder en fauteuil roulant, avec une poussette, il y a un ascenseur situé à gauche du parvis. Lors des célébrations, l’accès à cet ascenseur est libre. Le reste du temps, un interphone est à la disposition des visiteurs qui n’ont qu’à se présenter, et la porte d’accès leur sera ouverte.

  • Ligne bus : Bus 6 et 14 : Lion d’Or
  • Parkings les plus proches : avenue du Peuple Belge. Place du Concert, Grand’Place
  • Horaire des visites :
  • Visites libres
    Tous les jours de 10h à 18h30
    Les bénévoles de l’accueil sont à votre disposition pour tout renseignement.
  • Visites guidées
    Tous les jours de 10h à 18h
    Se renseigner directement à l’accueil sur les disponibilités des guides bénévoles.
  • Les visites individuelles sont gratuites.

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