Qu’on l’appelle coquille de Noël, cougnou, quéniole ou encore pain de Jésus, cette brioche en forme de bébé emmailloté est une spécialité bien connue en Belgique et dans le Nord de la France. Elle est proche des craquendoules ou folards distribués dans le dunkerquois à la saint-Martin. Nature, aux raisins secs ou agrémentée de pépites de sucre, elle est consommée pendant les fêtes de fin d’année, et particulièrement entre la Saint-Nicolas et Noël. La tradition voulait que les enfants trouvent le jour de Noël une coquille et une orange « dans leurs petits souliers ». D’ailleurs, de nombreuses écoles de la région les distribuent encore. Alors simple figuration de la nativité ? Ou bien survivance de rites plus ancestraux où les enfants doivent apprendre à « manger le petit homme »?

La coquille de Noël, survivance de rites anciens ?

tableau de Brueghel d'un enfant tenant une coquille de Noël

En cherchant à en savoir plus sur l’origine de la coquille de Noël, j’ai découvert l’étude passionnante de l’ethnologue Christine Armancaud (1), sur la tradition de gâteaux figuratifs, qui partout dans le monde et encore de nos jours en Europe, sont porteurs de symboles et de rites étonnants. Partons avec l’auteur à la découverte de la tradition de ces petits hommes à manger, parmi laquelle figure notre fameuse coquille.

une coquille de noël individuelle

Au-delà du symbole évident de l’enfant emmailloté qui renvoie à la nativité et à la naissance du christ n’y a-t-il pas une origine encore plus ancienne ? C’est une des voies explorées par l’auteur. On sait que la religion chrétienne a beaucoup combattu la survivance de traditions dites païennes. Faute de pouvoir toujours les éradiquer, elle s’est souvent « appropriée » ces rites en les intégrant dans un calendrier et un cérémonial chrétien. La période de Noël en est un exemple. Les réjouissances de la nativité sont venues remplacer des rites et des cultes pré-chrétiens. C’est le cas notamment des saturnales, du culte de Mithra ou encore la fête des sigillaires qui célébraient le début de l’hiver.

Est-ce juste un bébé emmailloté ?

Parmi les pâtisseries et les friandises traditionnelles de Noël et de la Saint-Nicolas, la forme la plus répandue est celle d’un « petit homme « . L’exemple le plus connu est le mannele alsacien. Toutes ces brioches ou pain d’épice anthropomorphiques s’offrent en hiver comme notre coquille. Mais Christine Armancaud va plus loin. Ses recherches historiques montrent que ces figurines n’étaient pas que de gentilles friandises pour les enfants. Elle cite en exemple un poème alsacien de 1914. L’auteur précise que  » Que l’on mange partout à la Saint-Nicolas, hommes en caleçon, femmes en robes cloches, de structures naïves et d’art polynésien, sobrement modelées en pâte de brioche…« .

coquille de Noël en forme de petits hommes

En Alsace, de la Saint-André, le 30 novembre à la Saint-Nicolas, les garçons avaient coutume d’offrir à leur fiancée un gâteau en forme de bonhomme. Plusieurs témoignages vont dans le même sens. Le cougnou belge, frère jumeau de notre coquille nordiste, n’échappe pas à la règle. En étudiant l’évolution de sa forme, certains historiens pensent qu’il était, à l’origine, composé d’une tête et d’un sexe féminin grossièrement matérialisé. Au fil des années, pudeur, candeur et religion ont fini par gommer cet attribut « embarrassant ». La coquille de Noël est devenue un bébé inoffensif que chacun peut dévorer sans équivoque. Rappelons enfin que bon nombre de métaphores, de Rabelais à nos jours, puisent largement dans le répertoire des biscuits et des pots, des petits jésus et de la crèche pour évoquer les choses de l’amour en langage choisi…

Une coquille de Noël pour croquer l’enfance

Les figurines très sexuées jouaient un rôle symbolique. Un rôle qui tenait et du rite d’initiation de passage à l’âge adulte et de catalyseur des peurs enfantines. Les contes regorgent d’ogres dévorant les enfants… Et la comptine de Saint-Nicolas ne parle-t-elle pas de trois enfants coupés en morceaux au fond d’un saloir ? Ne dit-on pas croquer la vie à pleines dents ? Les fêtes de fin d’année ont toutes un lien avec la naissance, la re-naissance. Re-naissance de la nature, celle de l’Homme. Promesses d’abondance, de fécondité, de vie. Mais aussi l’échange de vœux et de cadeaux pour placer la nouvelle année sous les meilleurs augures.

Nos petits bonhommes, devenus de friandises très sages, jouent-ils – inconsciemment – ce rôle-là ?

(1) « Le diable sucré » Editions de la Martinière, Paris 2000

NOS ADRESSES PREFEREES POUR ACHETER VOS COQUILLES DE NOEL

vue d'une coquille de Noël en forme de personnage

Vous n’aurez aucun mal à trouver une succulente coquille chez votre boulanger préféré. Un incontournable en période de Noël. Mais pour ceux qui recherchent le fin du fin, voici deux adresses sur la métropole lilloise qui valent le détour :

La boulangerie BRICE, 10 Contour de l’Eglise, 59700 Marcq-en-Barœul | Tél. +3320670990. Une adresse également réputée pour ses viennoiseries et ses galettes des rois.

Les boulangeries pâtisseries PLANCKAERT : les coquilles font partie des spécialités maison depuis 4 générations, c’est dire le savoir-faire. Deux adresses pour les trouver et un site pour découvrir et commander leurs autres spécialités :

  • Tourcoing Croix rouge, 341 Rue de la Croix Rouge. Tél. 03 20 25 25 27
  • Roubaix, 327 rue de Lannoy Tél. 03 20 80 05 10

picto pour des idées de recette et préparation de produits locauxEt si vous préférez confectionner vos coquilles de Noël maison, voici une recette traditionnelle qui va faire le bonheur des plus gourmands !