On cherche, en vain, les restes d’une sucrerie, d’une briqueterie, d’une usine qui pourraient expliquer ces cheminées immenses qui se dressent, seules, au milieu d’un champ. Et pour cause. En effet, ces tours orphelines sont en réalité des cheminées géodésiques qui ne sont pas moins que l’ancêtre des satellites. Nord Découverte est parti à la recherche de ce patrimoine insolite de nos rues et de nos campagnes qui disparaissent peu à peu de nos paysages.

Qu’est-ce que la géodésie ?

À grands traits, la géodésie est une science et une technologie qui a pour objet les dimensions, la forme et le champ de pesanteur de la Terre. Elle permet en particulier de mesurer les variations terrestres qui s’opèrent. À l’aide de repères localisés, les données recueillies vont alimenter une base d’informations de localisation et de positionnement géographiques. Une démarche au cœur de la mission de l’IGN. On comprend aussi qu’elle a tenu une place essentielle dans la cartographie militaire.

Quand les satellites n’existaient pas …

panorama avec au loin la cheminée géodésique du Saulchoy dans le Pas-de-Calais
Construite au milieu d’un champ, la cheminée géodésique de Saulchoy est comme une aiguille plantée sur l’horizon

Si les satellites et les technologies laser ont révolutionné la géodésie actuelle, qu’en était-il hier quand les satellites n’existaient pas ? Les relevés se servaient alors d’un maillage de repères au sol prenant appui sur tous les éléments proéminents comme un clocher d’église, une tour, un relief naturel. Et quand ces infrastructures ne sont pas suffisantes… on les construit.

Les cheminées ou tours géodésiques, c’est quoi au juste ?

trois vues de la cheminée géodésique de Planques
La cheminée géodésique de Planques

Leur architecture et leur hauteur peuvent varier de l’une à l’autre. Certaines sont rondes comme celle de Planques, construite au milieu d’un champ, sur la D 928.  D’autres arborent une forme carrée ou en pyramide à l’image de la cheminée géodésique d’Ablaincourt-Pressoir, Montagne-Fayel ou Dompierre-sur-Authie dans la Somme. Nombre d’entre elles construites en bois notamment par l’armée ont aujourd’hui disparu.

Si les repères et signaux géodésiques couvrent tout le territoire français, les tours ou cheminées sont nombreuses dans le Nord et dans le Pas-de-Calais, deux départements frontaliers où la cartographie à usage militaire était essentielle.

vues d'anciennes cheminées géodésiques avec leur échafaudage en bois

Le principe est le même pour toutes les tours. Un échafaudage en bois permettait au géomètre de monter jusqu’au sommet. Pour effectuer une visée, il tend un fil à plomb à la verticale, en alignement d’un repère référencé et placé au sol, au centre de la tour. Il installe ensuite son théodolite, l’instrument de mesure, juste au-dessus. La plate-forme peut aussi porter une mire qui, à l’inverse, servira pour la visée d’un autre point géodésique. L’édifice en dur a plusieurs avantages. Il protège ainsi le fil à plomb des aléas du vent. Sa hauteur, en fait un point dominant et visible loin à la ronde, surtout dans un environnement présentant peu de reliefs.

LES INSOLITES DE NOS RUES | Les repères du nivellement général

 

Partez à la découverte de ce patrimoine oublié ou méconnu des XIXe et XXe siècles qui nous ouvrent une page d’histoire passionnante sur la science d’aujourd’hui.

Voici les cheminées géodésiques encore visibles dans le Pas-de-Calais

vue de la cheminée géodésique d'Alquines
La cheminée d’Alquines
  • Alquines : cette cheminée construite au XIXe marque également le point culminant du Pas-de-Calais qui affiche fièrement 212 m. Visible de la N 42, à hauteur du hameau des Bullescamps.
  • Fresnicourt-le-dolmen, rue Roger Salengro. La tour du Verdrel fut d’abord construite en bois en 1915 avant d’être maçonnée en briques dans les années 1920. Haute de 40 m, elle servit de signal géodésique et de tour d’observation sur le front artésien durant la Première Guerre mondiale.
  • Planques, rue Nationale
  • Saulchoy, visible de la rue Lavoine