C’est un des arbres et chapelles à loques parmi les plus emblématiques de notre région. Au bord de la D 40, la chapelle du Bon Dieu de Giblot d’Hasnon et son arbre couvert de loques ne passent pas inaperçus. Que ce soit par ferveur ou par curiosité, l’endroit est très fréquenté tout au long de l’année.

La tradition de l’arbre à loques

La chapelle du Bon Dieu de Giblot ou Gibloux à Hasnon est ce qu’on appelle une chapelle à loques. Plus précisément, c’est le charme planté à proximité qui reçoit les vêtements, linges, objets en tout genre laissés en espoir d’un vœu ou d’une guérison. En les accrochant ainsi, on laisse, au sens littéral du terme, sa maladie, sa souffrance, ses espoirs. Le saint invoqué au saint ou son intercesseur (arbre, fontaine, rocher, chapelle…) le prend en retour. Lorsque la loque tombe, la guérison ou le vœu est, dit-on, exaucé.

La puissance de cette tradition des loques est telle que les arbres sont interchangeables. Qu’ils meurent comme à Stambruges ou qu’ils soient remplacés, ils gardent intacts leur pouvoir guérisseur. C’est ainsi que le jeune charme d’aujourd’hui – qui a bien du mal a ne pas être étouffé – remplace bravement le vieux chêne qui portait autrefois les « chiffons » des pèlerins. Même constance pour la chapelle qui se trouvait auparavant plus loin dans la forêt d’Hasnon.

La chapelle et l’arbre à loques d’Hasnon : le témoignage d’un culte ancien ?

l'arbre à loques de la chapelle du Bon Dieu de Giblot à HasnonL’inauguration du petit édifice tel qu’on le voit aujourd’hui a lieu le 14 septembre 1952. Il est ensuite déplacé à son emplacement actuel en février 1980. Il se trouvait alors en bordure de l’ancienne D. 99, l’ancienne drève Vicoigne qui reliait Hasnon à l’abbaye de Raismes , à travers la forêt. Mais on retrouve des mentions plus anciennes d’un lieu appelé « Dieu Giblo » ou « Dieu de Gibelot » notamment dans les récits des combats entre troupes françaises et autrichiennes en avril 1793 et les cartes d’Etat Major du XIXe siècle.

Nous avons un témoignage recueillis à la fin du XIXe siècle qui nous décrit le culte et le lieu du Bon Dieu de Giblot avant que ce ne soit construite la chapelle de 1952. On y parle d’un simple crucifix, au milieu des bois, placé dans un petit oratoire blanc, pas « plus grand qu’un coffre ». Le vendredi saint, les mères emmènent leur enfant né dans l’année pour qu’il marche plus vite. Pour guérir de la fièvre, on attache une jarretière aux branches des arbres qui l’entourent et qui, à cette époque en sont remplis.

Une autre chapelle à loques existait-elle à proximité ?

Mais, fait intéressant, toujours selon ce même témoignage, il y avait également aux environs du Bon Dieu de Giblot, une chapelle et une source dite Notre-Dame-à-Loques. Lorsque quelqu’un était malade « on apporte une loque qu’il a eue dessus soi, un bonnet, un mouchoir, un sabot et on le jette dans la fontaine. S’il est pour guérir la loque vient dessus. S’il est pour mourir, la loque tombe au fond ». Une tradition qui semble donc particulièrement ancrée ici.

Qui est le « Bon Dieu de Giblot » ?

Le nom est pour le moins insolite. Il semblerait que « Giblot » ou « giblou » soit une déformation francisée de Gembloux, petite ville belge, prés de Namur. On y vénérerait, dans l’église Saint Guibert, la statue d’un Christ flagellé qu’on appelait le « vieux bon Dieu ». Cette statue se mit à saigner lorsqu’on voulut la déplacer. Le prodige et les guérisons miraculeuses liées à cette statue entraînèrent rapidement la propagation du culte. Une expansion qu’on retrouve notamment dans le brabant wallon et dans le Hainaut belge et français dès le XVIe siècle. Elle donnera lieu en patois du Valenciennois (le rouchi) à l’expression populaire « être comme l’bon dieu d’Giblot ». Traduisez celui qui regarde d’un air stupide ou affligé.

Une seconde explication fait, elle, mention d’une expression qui dit « ressembler au bon Dieu de Giblou ». Elle désigne ainsi quelqu’un de mal habillé. L’auteur fait donc le lien est fait avec la tradition des habitants de Gembloux en Belgique d’emmailloter la statue de l’enfant Jésus, de « chiffons de toutes sortes ».

Entre dévotion et médecine populaire

Les loques sont sans doute un prolongement des ex-voto anatomiques en usage depuis des siècles. Nul besoin ainsi de sculpter ou faire sculpter le membre à guérir. Un linge porté ou un objet personnel suffisent. Peste, choléra, mal des Ardents… Les grands fléaux ont rejeté aux portes des villes maladreries et malades. La médecine souvent impuissante laisse toute la place à Dieu, à la Vierge ou à un saint. Une guérison devient un miracle. Un miracle qui entraîne dans son sillage l’espoir de beaucoup d’autres. Il serait intéressant de superposer la carte des foyers infectieux et les lieux de dévotion. On y verrait sans doute une grande cohérence temporelle. Cette résurgence de pratiques encore plus anciennes, païennes, polythéistes trouve un sens dans les difficultés que vont traverser individuellement ou collectivement la population.



NORD DÉCOUVERTE | INFOS PRATIQUES

  • Accès libre à la chapelle et à l’arbre à loques
  • Elle se situe en bordure de la D 40, non loin de la sortie 4 de l’autoroute A23
  • Localisation GPS : N 50¨24’ 55.52 ‘’ / E 3¨24’ 30.34 ‘’
  • Chemin d’accès extérieur à la chapelle accessible aux personnes en situation de handicap

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