Impossible de prendre le mauvais chemin, il n’y a qu’une route principale qui traverse le village troglodyte de Paissy. Mais quelle route ! Elle serpente à fleur de coteau, s’élève doucement pour atteindre les premières maisons du bourg. D’un côté, le magnifique panorama sur la vallée. De l’autre, une mosaïque de portes, de fenêtres, d’entrées qui s’enfoncent dans les profondeurs calcaires. Ces petites grottes, les « creutes », ont toute histoire. Une histoire qui commence bien avant la Première Guerre mondiale où elles joueront un grand rôle dans l’ immense chaos du cœur du Chemin des Dames. Un chaos qui laissera le village exsangue. Sur les 65 maisons existantes avant le conflit, une seule restera debout.

Les creutes… des cavités creusées dans la falaise calcaire

On les désigne ici sous le nom de creute ou creutes. Ailleurs, en Artois par exemple, on les appelle des boves. Et tout comme celles d’Arras, ces carrières qui remontent pour la plupart au Moyen Age vont servir de casernement et d’abri durant la Grande Guerre. Elles donneront même leur nom au petit hameau des Creuttes non loin de Mons-en-Laonnois.

Elles naissent à l’origine de l’extraction de la pierre. Une activité quasi familiale, à petite échelle, mais qui va façonner au fil des siècles le visage de Paissy et de nombreux villages alentour. Derrière quasiment chaque maison, une ou plusieurs creutes servent de remises, d’étables, de celliers, de poulaillers, de pigeonniers… Et même d’habitation. Certaines possèdent un conduit débouchant au sommet et permettant ainsi d’engranger directement les récoltes cultivées sur le plateau.

enfant dans une classe et chapelle dans une creute de Paissy

À souligner que l’une d’elles servit de classe et de chapelle. C’est là qu’officia en avril et juin 1917 le théologien et philosophe Pierre Teilhard de Chardin. Pourtant prêtre, il choisira de servir comme brancardier et non comme aumônier militaire.

La maison d’Alain et la fontaine pétrifiante, notre endroit coup de cœur

gros plan sur la cascade de la fontaine pétrifiante du village de PaissyNe quittez pas Paissy sans vous arrêter d’abord à la maison d’Alain, dans la rue principale. L’auteur des Pensées l’acheta en 1909. Il y fera de nombreux séjours jusqu’en 1933.

Enfin, avant de repartir, faites une halte à la cascade de la fontaine pétrifiante. Elle se situe en face de l’arrêt de bus, en accès libre. Vous pouvez même prévoir une halte pique-nique sur place. Ce phénomène naturel naît d’une réaction entre l’air, les éléments végétaux et une eau fortement chargée en calcaire lorsqu’elle jaillit à l’air libre. La roche ainsi créée est appelée le tuf ou le travertin. Certaines tufières sont gigantesques comme les fontaines pétrifiantes de Saint-Nectaire dans le Puy-de-Dôme.


NORD DECOUVERTE | NOUS VOUS SUGGÉRONS AUSSI A PROXIMITÉ DU VILLAGE TROGLODYTE DE PAISSY

panorama sur la plaine vu de la ville haute de LaonLes environs de de Laon sont l’occasion de découvrir des villages vraiment charmants. C’est le cas par exemple de Pargnan, à moins de 5 km de Paissy. Un village typique du Laonnois, tout en hauteur qui surplombe magnifiquement la vallée . Vous y verrez à nouveau des creutes creusées dans la roche.

Enfin, finissez votre promenade par Laon, la « montagne couronnée » qui n’est qu’à une vingtaine de kilomètres. Pourquoi ne pas suivre une des fameuses « grimpettes », ces sentiers qui courent et grimpent – fort –  jusqu’au coeur de la vieille ville. Une ville haute, blottie dans ses remparts, parcourue de venelles et de portes étroites. Clous de la visite, la citadelle et la cathédrale Notre-Dame du XIIe, contemporaine à celle de Paris. Découvrez-en beaucoup plus sur Laon