Poursuivons notre découverte des patrimoines insolites de notre région par une balade au bord de la source légendaire Sainte-Frévisse à Bomy. Nous partons sur les pas de cette sainte anglo-saxonne inconnue ailleurs en France qui s’est pourtant implantée ici depuis le Moyen-Age. Mais son eau miraculeuse n’est pas le seul attrait de cette très jolie bourgade. On apprécie sa rotonde de tilleuls en été, ces sentiers de randonnée, son château du XVIIIe siècle… Et un patrimoine aussi rare que discret… Des croix funéraires encore présentes sur des murs d’habitation.
Sainte Frévisse, cette sainte venue d’Oxford
Plusieurs sources hagiographiques plus ou moins concordantes nous renseignent sur la vie de sainte Frévisse et le culte qui l’entoure. On en retient généralement qu’elle est la fille de Didan, seigneur d’Oxford, et son épouse, Safrida. Née vers 650-665, elle est élevée dans la foi et témoigne très tôt de sa volonté de se consacrer à Dieu.

Malheureusement pour elle, Algar de Leicester, prince voisin, souhaite l’épouser. Devant son refus catégorique, il tente de l’enlever. La jeune femme se réfugie alors à Binsey, non loin d’Oxford. Elle doit son salut à la cécité qui frappe soudain son prétendant alors qu’il arrive aux portes de la ville. Il ne recouvrira la vue qu’après avoir renoncé à son projet et fait vœu de pénitence. La jeune femme revient alors à Oxford pour devenir la première abbesse du monastère double, nonnes et moines, que son père ou elle vienne de fonder. Elle meurt le 19 octobre 727. Elle est, dès le XIIe siècle, la sainte patronne de la ville et de sa célèbre université.

Sainte Frévisse est-elle réellement venue à Bomy ?
Aucun récit ne mentionne son passage à Bomy. En revanche, son culte semble implanté ici depuis le moyen-âge. En 1187, le registre des évêques de Thérouanne mentionne en effet le transfert de la cure Sainte-Frévisse et la construction d’une chapelle, probablement à l’emplacement de l’église actuelle. Il est également question que cette nouvelle cure garantisse à l’abbaye Saint-Augustin-les-Thérouanne, l’usage des chemins qui conduisent à la fontaine Sainte-Frévisse. Cette fontaine fait donc déjà l’objet de dévotions.
L’implantation du culte oxfordien en pays de Morinie
Il est intéressant de rapprocher cette date 1187 de celle de l’achèvement du prieuré Sainte-Frideswide (Frévisse) à Oxford en 1180. Le transfert de ses reliques marque ainsi un nouvel élan de dévotion envers cette sainte catholique. Une succession de miracles vont accroître la ferveur populaire qui l’entoure au cours des siècles suivants. On sait combien les liens commerciaux, politiques et religieux entre l’Angleterre et ce territoire de Morinie ont été très étroits. Rappelons qu’à partir du Xe siècle, Thérouanne devient un des plus puissants diocèses du Nord de la France.

En Angleterre comme à Bomy, le culte de sainte Frévisse va aller croissant au fil des siècles. La guerre de Cents Ans qui a profondément marqué ce territoire a sans doute participé aussi à un ancrage local encore plus profond du culte. Il se développera d’ailleurs jusqu’à la révolution française qui fera disparaître définitivement une chapelle et un ermitage dédié à la sainte. Il reste de cette période, la statue conservée dans l’église, datée de 1755.
La source et ses eaux miraculeuses au cœur du légendaire de Bomy

Dès les premiers pas, on entend le murmure de cette eau claire venant grossir le ru qui alimente le cours de la Laquette, un affluent de la Lys. C’est un endroit bucolique à souhait, mais aussi très surprenant. En effet, juste derrière la chapelle-oratoire, construite récemment, vous découvrez un entrelac d’énormes racines formant une anse profonde d’où s’échappe l’eau de la source. On descend jusqu’à l’eau par quelques marches taillées à même le sol.

Selon la notice affichée près de l’oratoire, des fouilles entreprises il y a une trentaine d’années ont permis de retrouver sur place les vestiges d’un puits et quelques statuettes. Ils accréditent l’existence d’un culte ancien conférant à l’eau de la source les vertus de guérir les fièvres, les maladies de peau et les maux de tête. C’était aussi le lieu d’un pèlerinage qui se déroulait le 19 octobre.

Comme un miroir au culte de Bomy, il existe également une fontaine miraculeuse dédiée à sainte Frithuswith ou Févrisse située non loin de l’église Sainte-Marguerite à Binsey, près d’Oxford. C’est là qu’elle se réfugia pour échapper à la Algar. Sans eau pour vivre, elle fit surgir cette source qui coule encore de nos jours. Pour l’anecdote cette « treacle mine » qu’on pourrait traduire par « puits à baume, c’est-à-dire guérisseur » aurait inspiré Lewis Caroll pour son fameux « puits à mélasse » évoqué dans les aventures d’Alice au pays des merveilles.
Autre patrimoine insolite présent à Bomy : les croix funéraires murales
Pour insignifiantes qu’elles puissent paraître, ces deux croix sont pourtant les très rares témoins d’une tradition funéraire aujourd’hui disparue. Il était en effet d’usage de clouer ces croix lors d’un décès. Elles signifiaient ainsi à la communauté que la maisonnée était en deuil. Cette coutume est à rapprocher de la tradition des croisettes qu’on déposait près d’une chapelle, d’un calvaire ou d’un arbre lors du convoi funèbre. Or, il existe encore à Aire-sur-la-Lys, à une quinzaine de kilomètres seulement, un ancien arbre aux croix. Cette proximité géographique montre à quel point cette coutume semble particulièrement ancrée sur cette partie du territoire.

Il est intéressant de retrouver ces mêmes dépôts de croix dans les pays anglo-saxon et notamment en Ireland. On voit aujourd’hui encore des dizaines de croix entassées contre une aubépine, au bord de la R 739 qui mène de Kilmore Quay à Kilmore. Il semble que cette tradition soit étroitement liée au chemin pris par le cortège. L’aubépine, un arbre sacré en Ireland, a peut-être remplacé une ancienne croix, aujourd’hui disparue. Elle peut aussi indiquer le carrefour avec un ancien chemin menant au cimetière proche. Ces chemins, pouvant traverser des pâtures privées, supportaient un droit de passage.

Enfin, attardez-vous un instant devant les murs extérieurs de l’église Saint-Vaast. Vous découvrirez à côté des graffitis chrétiens, plusieurs inscriptions laissées par des soldats britanniques lors de la Première Guerre mondiale. Un témoignage émouvant des combats épouvantables menés sur les lignes de front toutes proches.
La source Sainte-Frévisse de Bomy en pratique
- Accès libre

- Stationnement très difficile à proximité. Notre conseil : partez à la découverte de Bomy et de son cadre champêtre à partir de l’église et de la rotonde des tilleuls (comptez 1,5 km).
- Pour rappel, l’eau n’est pas consommable.
- Le site dispose de deux tables de pique-nique.
- Accès à la source par des marches, glissantes par temps de pluie.
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Enfin, prenez la direction d’Isbergues pour découvrir une des fontaines guérisseuses parmi les plus emblématiques du Pas-de-Calais : la source Sainte-Isbergue. Cette jeune femme eut, elle aussi, maille à partir avec un prétendant qu’elle ne voulait pas… Découvrez son histoire et les vertus de cette eau qu’on vient de loin encore puiser !
Découvrez l’eau légendaire Sainte-Isbergue
