Qu’il soit un grand mât hissé sur la place du village ou un dôme de branches entrelacées où musiciens et danseurs traversent la nuit jusqu’à l’aube, les arbres à danser nous plongent dans une farandole extraordinaire de traditions. Il rejoint la grande famille des arbres festifs (arbre de Noël, de la victoire, de la liberté, de mai). Ces vénérables aïeux ont une longue, très longue histoire à nous raconter. Une histoire qui nous mène, peut-être, jusqu’à nos étonnants kiosques à danser de l’Avesnois !

La tradition des arbres à danser

détail de l'arbre de mai du tableau de Brueghel

A la différence des arbres de mai éphémères, les arbres à danser, séculaires, animent les réjouissances, mais aussi les grands événements de la communauté. Ces arbres vénérables, souvent un tilleul, ont joué une place prépondérante dans l’organisation sociale du groupe. Ils sont à la fois siège de justice et lieux de réjouissance. Pour preuve leur plantation sur la place du village parfois même au seuil de l’église.

Quand l’arbre devient une piste de danse

gravure ancienne d'un tilleul taillé

Le Plessis-Robinson était réputé autrefois pour ses guinguettes perchées dans les arbres, L’Allemagne, quant à elle, à élever au rang d’art le guidage, la taille, l’étayage de la ramure des tilleuls jusqu’à en faire un véritable édifice végétal. Certains d’entre eux ont même plusieurs étages où musiciens, danseurs, badauds accèdent par un escalier.

La symbolique des trois anneaux

vue du tilleul sur la place l'arbre à danser de Macon
Le tilleul de Macon en Belgique, à la fois lieu de justice et arbre à danser. Planté en 1714. Il mesure 2,70 m de circonférence.

On remarque à Macon en Belgique ou dans les tableaux de Brueghel la taille en trois des rameaux en trois étages concentriques. Outre l’esthétique traditionnelle qui a pu dicter ce choix, plusieurs interprétations sont possibles : la symbolique des trois plans cosmiques de l’arbre (le monde souterrain, terrien, céleste),  la sainte Trinité, mais aussi les trois âges de la vie (enfance, adulte, vieillesse).

les arbres à danser , un “haut” lieu de festivité

vue d'une fête autour d'un arbre à danser
Danse sous un tilleul, une oeuvre de Ludwig Knaus

On en retrouve un témoignage précis dans un récit d’Alphonse Chastelain, daté d’octobre 1854. Il mentionne la fête de Saint-Martin au Quesnoy, dans l’Avesnois :” Quand sous le grand tilleul où se presse la foule, la valse étourdissante en orbes se déroule, quand la danse bondit au son du tambourin, et du joyeux crin-crin. Un orchestre bruyant, perché sur le tilleul, du rustique tableau complète le coup d’oeil. Trois artistes joufflus comme les fils d’Eole soufflent dans leurs tuyaux des airs de farandole, et font, pour dominer le joyeux bacchanal, un tapage infernal. Comme un beau parasol, l’arbre majestueux étend sur les danseurs ses rameaux tortueux. Tout pavoises de fleurs, comme un saint patriarche, le noble vétéran rassemble sous son arche les convives heureux qui fêtent saint Martin dans un joyeux festin.“.

vue ancienne du kiosque à danser de Saint-Hilaire

Les musiciens perchés dans un tilleul… Voilà qui n’est pas sans rappeler la singularité des kiosques à danser de l’Avesnois. Une filiation qui pourrait éclairer leur architecture si particulière. Dans notre région, nous trouvons un des derniers exemples à Saint-Hilaire-sur-Helpe dans l’Avesnois, même s’il ne subsiste que l’armature en fonte. Pour voir encore un de ces fameux tilleuls à danser encore taillés, il faut aller à Macon, en Belgique, à quelques kilomètres de là.

Un lien de parenté avec les kiosques à danser de l’Avesnois ?

trois vues d'arbres et kiosques à danser
On note la similitude entre l’arbre à danser de Jérome Bosch, le tilleul de Saint-Hilaire et les kiosques à danser de l’Avesnois

Sachant qu’on retrouve les tilleuls à danser en Allemagne, en Suisse, en Belgique, en France et notamment dans la partie Nord… Sachant qu’un des derniers spécimens encore visibles est à Macon, à quelques kilomètres de l’Avesnois, mais aussi à Saint-Hilaire … Ne peut-on pas imaginer que la singularité des kiosques à danser de l’Avesnois puise son origine dans un lien de parenté avec ces tilleuls ancestraux ? Juchés sur un pied, comme leur vénérable aïeul, la plateforme figurant le 1er cercle de rameau, et le chapeau, la cime de l’arbre. On peut y voir la forme stylisée d’un arbre. La fonte a peut-être remplacé avantageusement l’écorce et les branches si gourmandes en entretien et en savoir-faire ?