Niché à la lisière d’un bois à la sortie d’Herchies en Belgique, le chêne à clous Saint-Antoine est une curiosité. Une curiosité, mais pas seulement. Cet arbre auquel on accroche des linges, des pansements, des objets personnels est un survivant. Un témoin de plus en plus rare de la longue tradition des arbres à vœux et des arbres guérisseurs. Avec une spécificité : réunir la pratique des clous et des loques laissées en espoir de guérison.

On vient y clouer son mal et faire un vœu

l'arbre à loques et à clous d'HerchiesSi le lieu, en retrait du village est un endroit particulièrement paisible, découvrir ces innombrables loques accrochées par un clou au tronc reste toujours impressionnant. Étonnante tradition en effet que de « clouer littéralement ainsi son mal » et laisser ici « son fardeau ». Maladies, accidents de la vie, questions, espoir de réussite… trouveront ainsi un messager dans ce chêne saint-Antoine . Jamais l’expression « enfoncer le clou » pour appuyer sa demande n’aura aussi bien porté son nom…

Le chêne à clous Saint-Antoine, mais lequel ?

On vient invoquer saint Antoine pour guérir les maladies de peau (furoncles, verrues, eczéma, zona…). Mais à quel saint Antoine fait-on référence ? Est-ce Saint-Antoine l’Ermite dit le Grand (mort vers 356) dont se réclame l’ordre hospitalier des Antonins à partir du XIIe siècle. Ordre qui porte secours aux malades des grandes épidémies notamment celles du mal des Ardents ou feu de Saint-Antoine. En effet, les symptômes de l’ergotisme sont notamment les ulcères, nécroses cutanées, furoncles aussi appelés clous, les hallucinations et l’impression d’être dévoré par le feu. Elles font écho aux tentations auxquelles le saint a résisté. Le clou né du feu de la forge, le clou symbole de la souffrance du Christ devient ainsi le gardien d’une prière.

Une filiation qui semble être confortée par l’histoire d’un fermier rapportée par le journal L’Écho du Merveilleux du 15 février 1913. On raconte que le corps de ce dernier se couvrit de furoncles à mesure que les coups de hache tentaient d’abattre le vieil arbre. Douleurs et vilaines pustules disparurent lorsque le fermier renonça à son projet.

En revanche, c’est bien à saint Antoine de Padoue (XIIIe) qu’est dédiée la petite chapelle oratoire datée de 1875. Ainsi, aux vertus traditionnelles de guérison de l’un, s’ajoute la prière de retrouver un objet égaré, une personne perdue de vue… Et la santé.

Le chêne de Saint-Antoine : à la fois arbre à loques et arbre à clous

gros plan des loques accrochées au chêne à clous à HerchiesLa particularité du chêne d’Herchies est d’être à la fois un arbre à clou et à un arbre à loques. Si les clous servent ici à attacher les loques comme à la chapelle d’Ercompuch de Stambruges, elles témoignent aussi d’une pratique spécifique. En effet, dans d’autres lieux votifs comme à Hasnon, dans le Nord, on noue seulement les loques aux branches. On ne les cloue pas.

Si on ne sait pas dater l’origine de cette coutume, on constate en revanche que les pouvoirs semblent se transmettre d’arbre en arbre. Dans les années 1950 lorsque le chêne meurt, un habitant décida d’en replanter un nouveau. On constate le même phénomène à Stambruges ou à Hasnon où le lieu de dévotion fut même déplacé de plusieurs centaines de mètres.

Cette pratique d’enfoncer un clou dans une statue, un arbre, une pierre comme à Douai est une pratique ancestrale qui relève tout à la fois de la superstition, de la magie, de la sorcellerie quelquefois mais aussi du divin.


INFOS PRATIQUES | NORD DECOUVERTE

  • Localisation : Herchies (Belgique).  A partir de la rue du Francquegnies, suivre le panneau indiquant le chêne à clous en prenant la rue des Chats. Remontez cette petite rue presqu’en totalité, sur 600 m environ. Sur votre droite, un chemin mène à la lisière d’un bois où se trouve l’arbre à loques. Distance 250 m env.
  • Coordonnées : GPS 50°32’15.91″N – 3°52’29.14″E
  • Accès libre
  • Possibilité de stationner à proximité
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